Il était grand très grand bien proportionné pour sa grandeur. Sylvie qui n'avait alors que dix ans, elle le voyait encore plus grand. Ses mains étaient très grandes aussi. Ses cheveux étaient noirs de jais et il les frictionnait avec une lotion brillantine afin de pouvoir les garder en arrière et les lisser car ils ondulaient. Cette lotion exhalait un parfum qu'elle aimait et aujourd'hui cette senteur était encore dans sa mémoire olfactive. Il avait de grands yeux noirs, le teint mat, tous les traits typiques d'un méditerranéen. Il descendait des espagnols et aimait racontait cette légende : La nuit les habitants de la côte attachaient à l'encolure des vaches une lanterne et les faisaient Petre dans les pâtures en haut des falaises ce qui avait pour but de faire échouer les navires marchands et de les piller. De nombreux marins espagnols émigraient malgré eux quand ils avaient survécu au naufrage. Ces moments rares qu'elle avait appréciés quand il était plus disponible refaisaient surface. C'était quelqu'un d'excessif : en amour pour les siens (il fallait lui dire bonjour et au revoir en l'embrassant chaque fois qu'il franchissait la porte la maison), quand à ses colères elle et ses frères les craignaient tous car il était très sévère mais juste. Elle aurait aimé le connaître un peu plus, il lui avait manqué surtout dans les moments de la vie ou un père a un rôle important. Aujourd'hui il aurait soixante dix huit ans et ça fait trente huit ans qu'il a disparu. C'est un jour où elle n'oublie pas de se rendre sur sa tombe.